Thérèse, 69 ans, Rue Saint Maur, Paris XI


Je suis née en Normandie, à la campagne. J'y ai vécu jusqu'à mes 21 ans. À cet âge j'ai senti le besoin de voir autre chose et je suis, comme on le disait à l'époque, montée à la capitale (bien que ma Normandie natale soit au Nord). J'ai alors été engagée dans une société informatique, Verbatim qui fabrique notamment des disques durs et qui dépend de Mitsubishi. Dans cette entreprise j'ai gravi tous les échelons. J'ai commencé secrétaire et je n'ai pas quitté les bureaux jusqu'à ma retraite. À la fin de ma carrière j'étais assistante de direction, c'est dire si j'ai fait du chemin dans cette boîte, d'un poste de simple exécutante à une place qui me donnait la responsabilité avec l'équipe dirigeante de choisir l'orientation de la société, que ce soit en matière de marketing, de communication ou même de vente. Quand je suis arrivée à Paris, j'ai tout d'abord vécu dans le quartier latin, rue du Cardinal Lemoine. C'était en 1968 et je me souviens que lorsqu'il y a eu la grève générale je devais me rendre à pied jusqu'aux bureaux de la société situés Portes de Saint-Cloud. Je travaillais alors tous les jours, même le samedi et ces trois heures de marche quotidiennes n'étaient pas une partie de plaisir. Je garde donc un souvenir très négatif de cette époque, d'autant plus que je venais tout juste d'arrivée et que mon poste de secrétaire ne me gratifiait pas d'un salaire exorbitant. En même temps cela m'a permis de me familiariser avec la ville, il faut toujours voir l'aspect positif. J'ai ensuite déménagé dans le onzième arrondissement pour ne plus le quitter. J'habite rue Saint-Maur depuis près de quarante ans, j'étais tout d'abord locataire puis nous avons racheté l'appartement avec mon mari. C'est dans ce quartier que nous avons élevé notre fille qui habite maintenant dans le Sud, à Marseille avec son mari et ses deux filles. J'aime beaucoup l'Est parisien, ces quartiers historiquement populaires mais de plus en plus « bobo ». On y trouve tout, que ce soit en matière de population ou de boutiques. Si je veux sortir à dix heures du soir pour acheter du sel je n'aurais aucun problème. Le douzième arrondissement aussi est très agréable. Par contre je ne supporte pas le seizième, il faudrait me payer pour que j'y vive. J'aime pouvoir prendre mon café le matin dans un petit bistrot en zinc et on ne trouve pas ça dans les arrondissements dits bourgeois. C'est ce Paris-là qui a été visé lors des attentats de Novembre. C'était un réel choc car je me rendais souvent au bataclan, j'y avais vu plusieurs concerts notamment celui de Georges Moustaki. Néanmoins j'aime trop mon quartier pour me laisser intimider par des fanatiques et je sais que j'y resterai jusqu'àma dernière souffle. Je suis une vraie parisienne d'adoption, bien que je n'y sois pas née c'est ma ville.