Roger, 73 ans, Parc Balzac, Angers

Je suis né au Maroc, pendant l'occupation. J'y ai passé toute mon enfance et mon adolescence. Je ne suis arrivé en France qu'en 1962 pour faire mon service militaire. Tous les Français de l'étranger étaient rapatriés pour faire leurs dix-huit mois de service. Je suis ensuite resté en métropole. J'ai obtenu, grâce à des amis, un poste à l'usine Renault de Douai, dans le Nord-Pas-de-Calais. Je faisais des postes une semaine l'après-midi, la suivante le matin. Les horaires étaient vraiment usants. Quand je travaillais le matin je partais de chez moi à trois heures et demie pour rentrer vers seize heures. Il faut dire que l'usine était située à cinquante kilomètres de chez moi et qu'il y avait un bus qui nous y emmenait. C'était comme un bus scolaire pour des ouvriers. Quand je travaillais l'après-midi je rentrais vers vingt-trois heures chez moi. J'ai travaillé là bas quarante ans, j'y ai fait toute ma carrière. J'ai déménagé à Angers il y a une quinzaine d'années. Ma soeur habitait dans la région, au bord de la Maine. Je suis venu pour l'aider après qu'elle ait connu une inondation dans sa cave. Finalement elle est partie et je suis resté. J'habite près de l'hôpital, du côté de la Maine qui fait face au centre-ville. C'est le quartier le plus agréable, là où la population est la moins dense.

Angers est une ville très agréable, très tranquille. On ne parle pas de la « douceur angevine » pour rien. J'ai beaucoup d'amis dans mon quartier. On a des parcours professionnels et de vie très différents. Ça n'a rien à voir avec le Nord où j'habitais dans les mêmes logements que mes collègues. Depuis que je ne travaille plus et que j'ai aménagé ici je profite de la ville et des bords de Maine. C'est une ville avec beaucoup de verdures, c'est appréciable. En plus on a la certitude que ce paysage ne va pas changer puisqu'il est interdit de construire ici, tout est protégé. Je profite de ce cadre pour y faire du vélo tous les jours. Ça me maintient en forme et m'aère l'esprit.