Robert, 82 ans, île Sainte-Catherine, Créteil

Je suis né dans un petit village de Bourgogne. À quinze ans je suis parti sur Paris pour travailler. Je n'en pouvais plus de vivre chez mes parents et j'avais fait quelques bêtises donc ce départ arrangeait tout le monde. Il faut dire qu'à cette époque les parents étaient plus durs et que l'école de la vie était un vrai concept, alors qu'aujourd'hui on enfermerait des parents qui laissent partir leur fils mineur. 
J'ai suivi une formation de boulanger pâtissier que j'avais déjà commencé en Bourgogne. Mais je me suis lassé rapidement, j'étais apprenti dans un établissement tenu par des gens irrespectueux. J'ai fait mon petit bout de chemin pendant un certain temps puis j'ai ouvert une brasserie à Boulogne-Billancourt. J'ai racheté le fond de commerce grâce à un héritage. C'était un coup de tête mais finalement c'est devenu ma vie. Quand je me suis marié ma femme m'a beaucoup aidé et nous avons racheté un autre établissement dans le dix-huitième, vers Pigalle. Malheureusement, tenir un commerce comme ça n'est pas de tout repos et m'a finalement apporté beaucoup de problèmes. Tout d'abord dans mon foyer puisque ma femme m'a quitté et emmené notre fils avec elle. Je n'ai que peu de nouvelles. Ils m'en veulent encore de ne pas m'être occupé plus d'eux. Les autres problèmes sont plus sombres, dans le quartier où je travaillais il n'y n'avait pas que des gens honnêtes et j'ai dû fermer mon bar et partir de Paris. Je me suis alors installé à Créteil, ce n'est pas très loin mais c'était quand même bien pratique pour me faire oublier. Depuis je prends du temps pour moi, je pêche. 
J'ai mis en place une routine qui me convient parfaitement. Le matin je lis mon journal puis je promène mon chien, on rentre manger puis on repart l'après-midi. Comme ça on marche plus de dix kilomètres par jour. Comme activité je lis les biographies des grands hommes qui ont marqué l'histoire, comme Napoléon. Ça cultive et stimule l'imagination. La télévision m'endort à l'inverse.

J'ai besoin de faire travailler mon cerveau. Je n'aime pas qu'on me mâche le travail. C'est peut être mon problème d'ailleurs.