René, 65 ans, Boulevard Henri Arnauld, Angers

Je suis né au Mans, dans la Sarthe. C'est une ville assez industrielle, surtout réputée pour le domaine de l'automobile. Je ne suis pas un grand amoureux de ma ville d'origine mais j'en ai néanmoins appris beaucoup. Avant ma retraite j'étais en effet boucher-charcutier. C'est un vrai savoir faire local. On a notamment les fameuses rillettes qui font partie du patrimoine manceau.

C'est un métier en perdition. Quand je suis arrivé à Angers, j'ai commencé par travailler dans un commerce qui avait trois concurrents dans la même rue. Aujourd'hui les trois ont fermé et n'ont pas trouvé repreneur. Lorsque j'ai pris ma retraite je n'ai trouvé personne pour reprendre le fonds de commerce. J'ai vendu le lieu à un gars qui a racheté l'ensemble de l'immeuble pour en faire une salle de sport. C'est terrible, c'était une vraie tradition française et les super-marchés ont mis fin à ça. C'est dommage car la viande est quand même de bien meilleure qualité dans une boucherie qui connait ses fournisseurs voire même les animaux. Pour faire ce métier il faut être un vrai passionné.

Mon autre passion c'est le vélo. Avant quand je travaillais je ne pouvais presque jamais en faire. Être commerçant c'est certainement le domaine le plus chronophage. Maintenant j'en profite pour faire des grandes balades tous les jours. Je quitte Angers et je vais pédaler dans le Val de Loire. C'est ce que je préfère dans la région. Avec mon épouse on hésite à quitter Angers pour aller sur Nantes. Nos fils et notre petite-fille vivent là-bas et puis je ne suis pas plus attaché que ça à Angers.

Si on devait partir ce qui me manquerait le plus ici c'est certainement la tapisserie de l'Apocalypse. Je ne l'ai vu que deux ou trois fois mais savoir qu'elle est là me fait plaisir même si c'est aussi abstrait qu'absurde. C'est un chef-d'oeuvre du patrimoine français, le témoignage d'une époque où la ville rayonnait sur tout le royaume de France.

Sans plaisanter, j'aurais du mal à vivre sans elle et les bords de Loire.