Pierrette, 67ans, Place de la Nation, Paris XII

Aujourd'hui je me sens plus parisienne que n'importe qui, pourtant je suis née dans le centre de la France, à Châtellerault où j'ai vécu jusqu'à mes vingt ans avec mes parents, mon grand frère et ma soeur. J'ai déménagé sur Paris pour le travail et puis parce que je voulais voir autre chose que le Poitou. Mes parents étaient commerçants, ils tenaient une charcuterie c'est donc naturellement que je me suis dirigé vers le commerce. J'ai donc ouvert une brasserie/tabac dans le douzième arrondissement. Mes parents m'avaient donné de l'argent pour que je puisse être ma propre patronne. J'ai eu beaucoup de chance, mon établissement a bien marché, on a rapidement pu racheter la boutique à côté, faire des travaux et avoir plus de revenus. 
Ça me fait rire parce que beaucoup de mes amis me disent « quand même Pierrette, tu es riche ».
Oui j'ai bien gagné ma vie mais ils ne se rendent pas compte du travail que cela représentait.
J'ouvrais tous les jours à neuf heures du matin et je ne fermais pas avant onze heures du soir. En plus je n'avais quasiment pas le temps de prendre des pauses. Il y avait tout le temps des clients.
J'aimais beaucoup ma brasserie mais je lui ai consacré tout mon temps. Je ne dirais pas que c'est à cause d'elle que je ne me suis pas mariée mais tenir un tel établissement est loin d'être de tout repos. 
Maintenant que je ne travaille plus je profite de ce que j'ai pu gagner. Je voyage très souvent, d'autant plus que j'ai plein d'amis bien plus jeunes que moi. Ça me maintient dans une dynamique indispensable. J'ai vécu ma vie à toute vitesse, sans prendre le temps de me reposer et si je sais que même si je n'ai plus d'obligations il faut que je garde un rythme. L'inaction me déprime.

Même quand je travaillais, dès que j'avais du temps libre j'allais visiter la ville, voir des amis à l'autre bout de Paris. C'est une ville formidable. J'aime tout particulièrement le Marais, Montmartre mais aussi le Parc de Vincennes qui est à côté de chez moi. Malgré tout je sais que je suis incapable de quitter le quartier. J'y habite depuis près de cinquante ans !