Paul, 84 ans, Square Gardette, Paris XI

Je suis un enfant de Paris, je suis né dans le vingtième arrondissement. Je n'ai d'ailleurs vécu que dans deux autres quartiers, le troisième et le onzième où j'habite aujourd'hui.
Avant de prendre ma retraite j'étais comptable dans une maison d'édition. Ce n'était pas le métier le plus en lien avec la culture mais l'ambiance était très bonne. On aimait vraiment notre « boîte », alors que la mode des employés amoureux de leur travail est finalement très récente. En ça nous pouvions dire que nous étions des précurseurs (il sourit).
N'ayant été marié que pendant deux années et sans enfants, j'ai toujours eu du temps libre. J'ai ainsi pu faire beaucoup de voyages après mon départ à la retraite. Je peux même me targuer d'être allé dans tous les continents et d'avoir quasiment fait le tour du monde, de l'Australie à l'Afrique du Sud, en passant par l'Amérique et l'Asie. Mon seul séjour à l'étranger auparavant n'était pas le plus réjouissant. C'était en 1956 en Algérie, pour la guerre d'indépendance. Mais je n'ai pas voulu m'arrêter à cette unique expérience de l'étranger complètement faussée. C'est pour cette raison que je tenais à voir le monde une fois que j'ai eu le temps de le faire et je ne le regrette absolument pas. J'ai pu rencontrer des gens simples dans chaque pays, avec des modes de pensée à chaque fois différents. Cependant j'ai toujours été ravi de vivre à Paris. C'est une ville tellement riche. Il y a peu d'endroits en France où l'on peut croiser des gens neutres. Par « neutre » j'entends sans a priori, dans un contexte libre. Ici les rencontres sont plus simples, ce n'est pas comme les régions plus rurales où les gens ont l'esprit parfois plus fermé. Ils ont souvent tendance à mettre les gens dans des cases. Dans les grandes villes, les gens sont plus authentiques, ils subissent moins le regard des autres. Paris c'est l'inattendu !