Nejiba, 62 ans, La Rotonde, Paris XIX

Je suis une Tunisienne de Tunis (la capitale). Même si j'habite toujours là-bas je viens assez souvent sur Paris. En effet mon mari y est né et mes enfants y habitent. Mon fils a trente ans et ma fille vingt-huit. Ils habitent dans le treizième, le quartier chinois.
Chaque fois que je reviens je fais une sorte de pèlerinage. Je vais à la maternité Baudelocque où mon mari est né, puis rue Saint-Jacques où il a grandi. Ça me permet de me sentir plus connectée à lui. Il est parti en Tunisie à l'âge de six ans. Son beau-père était un chimiste tunisien qui avait étudié à la Sorbonne et qui a décidé de rentrer au pays. Ce qui est incroyable c'est que cet homme est un homonyme de mon père. Bien qu'il n'ait que des origines biologiques françaises et même parisiennes mon mari était plus de culture tunisienne de par son vécu.
J'aime me promener dans le quartier latin, du côté du Panthéon, du jardin du Luxembourg. C'est le plus beau quartier qu'il m'ait été donné de voir. Les bâtiments y sont incroyables, pleins de dorures.
Ça n'a rien à voir avec l'architecture de Tunis et c'est un dépaysement assez agréable.
La situation en Tunisie est très difficile aujourd'hui, ce sont encore les extrémistes qui tiennent le pays. C'est terrible, quand j'étais jeune on ne voyait pas de femmes voilées ou alors c'était très rare, aujourd'hui c'est la norme. Ces gens sont des intolérants, des hypocrites. C'est l'influence néfaste des prêcheurs wahhabites du Moyen-Orient. Ils ont complètement influencé les jeunes du Maghreb alors que leurs cultures et traditions sont très différentesdes nôtres. J'hésite à venir m'installer définitivement à Paris mais c'est compliqué de quitter la ville dans laquelle j'ai passé toute ma vie.
Avant d'être retraitée j'étais banquière dans une grande banque du pays. J'y ai fait toute ma carrière. J'avais un bon salaire. Aujourd'hui je m'occupe de mes animaux, j'ai trois chats et deux chiens. C'étaient ceux de ma fille mais c'est moi qui m'en occupe depuis qu'elle est partie en France.
J'ai aussi un petit jardin dans lequel je cultive des légumes. C'est une vie simple, loin de toute l'agitation qui traverse le pays.