Monique, 89 ans, Père Lachaise, Paris XX

Je suis née dans les Vosges à la fin de la Première Guerremondiale et à la veille des années folles. J'aime bien préciser ces références car elles parlent à tout le monde mais n'ont absolument rien à voir avec ce que j'ai vécu dans mon enfance. J'habitais dans une ferme avec mes parents et mes deux frères. Nous n'avons pas souffert de la guerre car les hommes de la maison n'ont pas été appelés sur le front et les années folles concernaient encore moins notre campagne. À vingt ans je n'en pouvais plus de cette tranquillité et je suis partie avec ma valise sur Paris. Même si je ne connaissais personne tout allait très vite à l'époque. J'ai ainsi été embauchée trois jours après mon arrivée dans une maternité située à Neuilly-sur-Seine en tant que cuisinière. Je préparais les repas pour les jeunes mères et le personnel. En même temps j'habitais à Ménilmontant, « ménil muche » comme on le surnommait. C'était à l'époque le quartier le plus en vogue de Paris, avec notamment Maurice Chevalier comme représentant le plus connu. C'était une ambiance incroyable, bien loin de ce que j'avais pu vivre dans ma jeunesse vosgienne. J'ai rencontré mon mari dans un bar au milieu de toute cette agitation. J'ai alors arrêté de travailler comme lefaisaient souvent les femmes à l'époque. On a eu un fils, qui a aujourd'hui soixante-quatre ans et qui habite à Créteil. Son fils et sa fille habitent aussi en région parisienne. L'ainé a trente-quatre ans et vit à Saint-Maur et sa soeur a deux ans de moins et habite à Nogent sur seine. Elle est mariée et nous attendons bientôt un arrière-petit-fils. Quand elle était petite je passais beaucoup de temps avec elle. Elle était terrible, un vrai petit diable. On allait dans le premier arrondissement dans les anciennes halles. C'est un endroit où j'ai passé beaucoup de temps mais j'aime aussi les quartiers de la Madeleine, du Havre Caumartin mais aussi les petits jardins en bas des Champs-Élysées. J'aimais également la lecture et flâner d'une librairie à une autre. Maintenant que j'ai des problèmes de vue je me contente de me promener dans mon quartier, c'est moins une aventure mais tout aussi agréable.