Michelle, 69 ans, Boulevard Richard Lenoir, Paris XI

Je suis née en 1947 en province, à Bordeaux. J'ai aménagé sur Paris à 21 ans en mai 68. C'était une arrivée mouvementée, on peut le dire. Je regardais ça avec mon regard de petite provinciale qui ne comprenait absolument pas ce qui se passait. Je montais sur Paris pour continuer mes études en pharmacie et je découvrais le chaos, les barricades, les manifestations. J'ai vécu toute cette période avec un regard très extérieur.
Mon métier auparavant était technicienne de laboratoire dans l'industrie pharmaceutique. Il y a plusieurs types de technicien, moi je m'occupais du contrôle, c'est-à-dire de la qualité des produitssortant de la chaine industrielle. C'est un métier que j'aimais beaucoup.
Je n'ai pas eu d'enfants, ni de mari donc j'ai toujours eu pas mal de temps pour moi et pour découvrir la ville ainsi que pour voyager. Sur Paris j'aime particulièrement l'Est de la ville, le quartier du père Lachaise par exemple. Ce soit des endroits vivants mais moins angoissant que le centre de Paris. Je ne supporte pas les rues bondées où les gens se bousculent pour passer. Quand on est vieux, c'est encore plus difficile. Les gens ne font pas forcément plus attention à nous alors que l'on est vulnérables.
Il y a quelques jours j'ai quand même pris mon courage à deux mains pour me rendre au carnaval Haïtien. Je ne regrette absolument pas même s'il y avait foule. C'était très coloré, les gens étaient joyeux, dansaient. On sentait qu'ils prenaient plaisir à représenter et défendre leur culture, leurs traditions alors qu'il s'agit d'un pays très pauvre. Nous avons beaucoup à apprendre de ces cultures, comme le fait de rester positifs de ne pas subir nos vies ou notre vieillesse.