Michel, 80 ans, Square Gardette, Paris XI

Je suis né bien loin de l'agitation dans les campagnes vosgiennes. Mes parents étaient paysans. La terre est d'ailleurs le fil conducteur de ma vie. Après m'être marié à l'âge de 25 ans et avoir eu notre fille ainée, nous avons déménagé en Algérie en 1960 dans le cadre de mon travail. J'étais en effet ingénieur agronome. Là-bas j'ai vécu une forme de stage qui m'a passionné et nos deux fils ont vu le jour sous le soleil d'Alger. Nous avons par la suite déménagé en AfriqueSubsaharienne. Je me suis spécialisé dans le cacao. Que ce soit en Centrafrique, en Côte d'Ivoire, au Gabon, en Guinée ou au Cameroun (où nous avons habité 20 ans), mon travail consistait à organiser les cultures. Il s'agissait de sélectionner les plans de cacao, apprendre aux populations locales quelles plantations étaient compatibles, comment avoir plus de rendement sans que les arbres perdent de leur robustesse. C'était un travail épuisant mais en même temps très enrichissant. La culture du travail est très différente en Afrique. Là-bas les employés des plantations ne travaillaient pas plus de deux heures par jour. J'ai tout d'abord été assez démoralisé mais finalement avec de la bonne volonté, et ils en avaient également, on a réussi à bâtir des productions dont je suis fier. Pour comprendre vraiment l'Afrique et les mentalités, il est indispensable d'y passer du temps, de s'implanter, de prendre le temps de mettre en place les réformes, ça nécessite beaucoup de patience.En 1996, à ma retraite, nous avons décidé de rentrer en France, à Paris où j'avais déjà passé quelques années dans le cadre de mes études. Nous avons aménagé dans le onzième arrondissement.
Avant d'avoir des problèmes de santé, j'ai beaucoup profité des parcs parisiens. J'aime m'y installer pendant plusieurs heures avec des amis et discuter. J'ai la chance d'avoir mes enfants et petits-enfants dans la même ville, exception faite du benjamin qui habite Blois. J'ai ainsi sept petits-enfants, un garçon et six filles de douze à vingt-six ans. Même après mon divorce nous sommes resté très procheset on se voit essentiellement chez moi, vu que je n'arrive plus à me déplacer sur de longues distances. Avant ce handicap, j'ai longtemps continué à me rendre dans les Vosges pour travailler avec des propriétaires de fôrets. J'ai ainsi pu conjuguer mon amour de Paris et celui de la nature.