Mama Maria, 80 ans, Parcul Drumul Taberei

Je suis née à Bucarest et j’y ai passé presque toute ma vie, sauf deux ans pendant lesquels j’ai habité avec mes parents à Baia Mare. Mon père était militaire et il avait été muté à Baia Mare après la fin de la seconde guerre mondiale. Nous sommes ensuite rentrés à Bucarest et mon père est mort peu de temps après dans mes bras.

J’avais 14 ans. Ces dernières paroles ont été : tu ne mentiras pas, tu te montreras généreuse et tu seras toujours sincère avec toi-même. Je ne l’ai jamais oublié et cela m’a accompagné toute ma vie. Par la suite, je suis devenue manucure et pédicure, car je souhaitais travailler sur un poste simple. J’ai rencontré mon premier mari avec lequel j’ai eu une fille. Puis il nous a abandonné. J’ai donc élevé ma fille seule jusqu’à mes 44 ans. C’est à ce moment-là que j’ai rencontré mon second mari. C’était un homme exceptionnel, gentil, attentionné et aimant. Il est mort en 2009. Ma fille est elle aussi partie, en 2012. Il n’y a pas de mot pour décrire cela. On peut être orphelin, veuf ou veuve, mais perdre son enfant, c’est ce qu’il y a de pire. Après la mort de ma fille, ce fut très dur pour moi.

Je ne voulais plus rien, seulement être seule et attendre la mort. Mais, grâce à Dieu, quelques mois après la disparition de ma fille, une amie m’a mis en relation avec une association, Nicodata Singur (Litt. Jamais seul) que je considère aujourd’hui comme ma propre famille. Ces personnes sont à proprement parler extraordinaires. Elles m’emmènent au théâtre, au restaurant et même  au bord de la mer. J’ai pu aussi, grâce à elles, rencontrer d’autres personnes de mon âge et partager de vrai moment de bonheur. Je ne pensais pas que l’on pouvait revivre à 80 ans !