Josiane, 65 ans, Rue Michel de Bourges

Je suis née dans le vingtième arrondissement, à quelques rues d'ici. Ma mère est née au même endroit et mes deux soeurs aussi. J'y ai habité jusqu'en 1998, l'année de la coupe du monde. 
Ici j'ai tout connu, le collège rue des Pyrénées, le lycée un petit peu plus loin et même les courses-poursuites avec les CRS pendantmai 68. J'étais l'ainée, le modèle, la préférée de mon papa et si jamais il avait appris que j'étais dans ce genre d'histoire je pense que j'aurais passé un sale quart d'heure. Je viens d'une famille italienne du côté paternel, donc ça ne rigole pas. C'était un homme très droit. Je me souviens de lui qui partait au travail avec son matériel sous son Solex. Il était peintre en lettres, un métier qui n'existe plus. À vingt ans j'ai commencé à travailler dans la banque, tout d'abord à la Société Générale puis au Crédit Agricole. J'étais guichetière qualifiée, c'est-à-dire que mon travail allait du « tamponage » de chèques à l'organisation du service. J'aimais beaucoup ce métier mais j'ai vécu deux holds up, une rued'Athènes et une rue d'Avron. C'est une expérience vraiment traumatisante, surtout qu'à l'époque on avait de l'argent dans nos caisses et qu'on se faisait réellement braquer. Aujourd'hui ce serait impossible, tout est informatisé. J'ai donc démissionné après le deuxième vol, en 1984. J'ai alors commencé à travailler dans l'immobilier, comme agent. Mais le choc de ces hold-up ne partait pas. C'est pourquoi nous avons, avec mon mari, décidé de déménager en province, à Rodez, dans le 51. Maintenant que mon époux est décédé je suis à la tête d'une grande famille. Ma fille a six enfants, dont des jumelles et mon fils en ont deux. Ma fille habite dans le 77, du coup je ne la vois que rarement mais mon fils habite également dans l'Aveyron. Je garde souvent son fils et sa fille. Ils sont adorables.

Je reviens une fois par mois sur Paris, revoir ma mère et mes soeurs. La cadette vient malheureusement de décéder. Elle s'occupait de notre mère, donc je pense que je vais devoir prendre le relais. Ça ne me déplaît pas de revenir, j'ai tellement de souvenirs dans cette ville, mais c'est vrai que les circonstances ne sont pas très joyeuses. Je me consolerai avec toute la culture à disposition, que ce soit les théâtres, les musées, les bars. Il y a toujours quelque chose à faire à Paris.