Jacqueline, 80 ans, Allée Hildegarde D'Anjou, Angers

Je suis née à Angers en 1936 mais je n'y ai pourtant vécu que très peu de temps. En effet je suis l'ainée d'une fratrie de quatre enfants et quand ma dernière soeur est née ma mère m'a placé dans une pension aux Sables D'Olonnes (en Vendée). C'était un établissement pour jeunes filles tenu par des bonnes soeurs. À quinze ans, après 6 années passées là-bas, j'en ai eu marre. Je suis sortie du bâtiment, j'en ai fait le tour en prenant bien mon temps pour être remarquée. Les surveillantes m'ont alors attrapée et j'ai été renvoyée sur-le-champs. Ma mère a compris que c'était un acte délibéré.

À 18 ans j'ai quitté Angers de moi-même pour aller faire des études de kinésithérapie à Paris. Ça ne m'a pas réussi et je suis devenue secrétaire dans le médical. Après quelque temps je suis partie à New-York pour y être jeune fille au pair. J'y suis restée de 1958 à 1961. Je m'occupais de trois enfants dans une famille aisée. J'ai ensuite eu la chance après des rencontres de travailler au Rockefeller Center (sur la 5th Avenue) comme secrétaire. Je suis tombée amoureuse d'un Américain mais notre histoire était trop compliquée. Déçue, j'ai décidé de partir vivre au Mexique. J'ai travaillé comme secrétaire au centre scientifique de l'ambassade de France de Mexico. J'en ai profité pour perfectionner mon espagnol. À la fin de mon contrat j'envisageais de partir faire le tour de l'Amérique latine avant de rentrer en France. À ce moment-là mon Américain revient vers moi et me ramène avec lui aux États-Unis. Nous nous sommes marié et avons eu notre fille.

La suite s'est beaucoup moins bien passée, nous avons divorcé et je suis rentrée à Paris pour élever ma fille seule. Je faisais de nombreux petits boulots pour pouvoir subvenir à ses besoins.

Une fois que j'ai pu prendre ma retraite je suis restée un peu sur Paris mais le coût de la vie, le départ de ma fille aux États-Unis et enfin le décès de mes parents m'ont convaincue de rentrer à Angers. Je suis donc arrivée dans cette ville où j'étais née. J'y ai retrouvé mes cousins et mes frères et soeurs mais je ne les connaissais finalement que très peu. J'ai ainsi perdu une famille avec ma fille et ma petite filles qui habitent à New York et que je ne vois que très peu pour retrouver les personnes de ma génération. Je redécouvre encore cette famille. Ils sont très bienveillants et ont conscience de ma solitude. Ils passent du temps avec moi sans rien attendre en retour. Ils m'apprennent à redécouvrir la ville. Cette rue c'est mon coin à moi. J'y passe tout mon temps.