Gisèle, rue Folie Regnault Paris XI

Je suis née en Algérie, j'aime dire que je suis un pied-noir qui s'est tellement lavé que je suis devenu pieds blancs. Mes parents étaient juifs séfarades, c'est-à-dire du Nord du Maghreb.
Nous avons vécu là-bas jusqu'en 1960 puis nous avons déménagé en Suisse. J'ai rencontré mon mari à La Chaux-de-Fonds, à côté de Neuchâtel, vers les montagnes. Il est originaire de là-bas. Nous avons habité chez les Helvètes pendant huit ans puis nous sommes allé vivre en France, à Paris. 
Dans un premier temps nous avons vécu dans le vingtième arrondissement puis rapidement nous avons aménagé dans le onzième. Je travaillais à la préfecture, je m'occupais des passeports, des cartes grises, de toutes sortes de choses administratives comme les recensements.
Nous avons trois enfants, deux filles et un fils et cinq petits-enfants. Depuis un an je suis même arrière-grand-mère, ça fait un vrai choc. Malheureusement ma famille habite en Israël désormais. On s'appelle souvent et on utilise Skype pour se voir mais ce n'est quand même pas aussi fort que de se tenir dans les bras. Je suis incapable de quitter mon appartement et mon arrondissement. J'y suis trop attachée. Cette année ils vont faire des rénovations dans notre immeuble. Ils vont modifier l'ascenseur, ça risque d'être très contraignant mais quand on nous a proposé de nous reloger j'ai immédiatement refusé. J'ai eu un gros problème de santé récemment et je marche désormais avec une canne. Ce handicap a renforcé mon enracinement dans le quartier. 
Avant, quand j'étais encore plus mobile, j'allais très souvent au théâtre. Il y en a un au coin de notre rue. Beaucoup de jeunes comédiens et metteurs en scène venaient y tester leurs pièces et leurs jeux. Je me rendais également très souvent dans les musées comme le Musée Grévin ou le Louvre. Je suis une passionnée de culture.