Ghassan, 79 ans, Place du Général De Gaulle, Toulouse

Je suis né au Maroc, dans la région de Tanger. J'y ai passé mon enfance avec mes parents, mon frère et ma soeur. À dix-sept ans je suis parti en Espagne avec mon frère pour travailler dans les cultures d'orange. La cueillette se faisait à la main, avec des ciseaux. C'était bien plus physique que ce que l'on pense. Nous vivions chez un cousin de mon père. La communauté marocaine est très présente dans le sud de l'Espagne, les deux pays sont quasiment voisins, séparés par les quelques kilomètres du détroit de Gibraltar. J'ai vécu une dizaine d'années en Espagne. C'est là-bas que j'ai rencontré ma femme, Marocaine elle aussi. Par contre nous sommes rentrés au Maroc pour nous marier.

Je suis arrivé en France en 1965. Nous ne sommes pas allé bien loin puisque nous nous sommes directement installés à Toulouse. Il n'était pas question pour moi de perdre contact avec l'Espagne et indirectement le Maroc. Je suis très influencé par les trois cultures. Je parle d'ailleurs les trois langues. Mes enfants parlaient espagnole quand ils étaient petits mais ils ont perdu avec le temps.

L'ainée vit en région parisienne, elle travaille beaucoup donc on ne la voit pas très souvent. Sa soeur habite à Perpignan, ce qui est nettement moins loin pour nous. Même si nous avons encore la santé, je ne peux plus conduire et le train est assez stressant pour des personnes qui ne sont plus toutes jeunes. Et puis je me plais bien à Toulouse, je n'ai pas besoin d'aller voir ailleurs.

On a la culture des cafés, des terrasses. J'ai beaucoup d'amis Maghrébins ici. On se retrouve dans les parcs ou dans le café que le fils d'un d'entre eux tient, rue de la Colombette.

C'est ce que je préfère ici, cette ambiance, les gens dehors, c'est un peu le lien entre les différentes villes où j'ai vécu. Après comme partout il y a des problèmes, certains boivent trop, font trop la fête.

Mais je préfère une ville où les gens vivent plutôt que les coins où les gens restent chez eux.