François, 78 ans, Place de la Bastille, Paris XII

Je suis né à Toulouse. J'ai été élevé par ma mère car mon père était militaire et tout le temps en campagne. Elle ne voulait plus le suivre à partir du moment où je suis né. Je lui en sais gré car j'ai ainsi pu avoir une enfance stable, sans déménager tous les six mois. Je pense que pour un enfant c'est important de pouvoir se créer de vrais amis et de ne pas avoir à tout recommencer chaque année. J'ai fait des études de droit que j'ai abandonnées en cours de route pour devenir agent immobilier. J'ai ensuite déménagé sur Paris. C'était un prétexte pour prendre mes distances avec ma famille. Ma mère était très possessive et je sentais qu'il était temps que je prenne mon indépendance. J'ai donc débarqué à Paris en 1961. Les premières années je vivais dans le treizième arrondissement mais lorsque je me suis marié, en 1964, nous avons déménagé dans le douzième arrondissement, de l'autre côté de la Seine. Même si nous n'habitons plus dans le même appartement nous vivons dans le même quartier depuis cette époque. C'est un cadre très agréable. Il y a la place de la Bastille, toujours très animée mais moins mal fréquentée qu'auparavant. J'aime partir de la place pour descendre le long du Port de l'Arsenal et ensuite longer les bords de Seine. C'est ma petite balade quotidienne. Ma femme ne m'accompagne plus depuis quelques années à cause de ses problèmes de santé. Parfois mon fils se joint à moi. C'est quand même plus agréable de marcher avec ses proches que seul. C'est à la fois rassurant et cela permet de partager un moment.  Mon fils habite dans le onzième arrondissement, à quelques centaines de mètres d'ici. Sa fille ainée est en Erasmus à Stockholm et la cadette habite toujours avec lui. Quand elles étaient petites on les emmenait dans des parcs et les quartiers historiques comme l'Île de la Cité. On prenait une glace et on s'asseyait près de Notre-Dame. C'était notre petit rituel. Ça nous a permis de mettre en place une complicité qui existe encore aujourd'hui.