Anne-Sophie Rigaud, laboratoire LUSAGE

Indépendance Royale : Qu’est-ce que le living-lab LUSAGE ?

Anne-Sophie Rigaud : C’est un laboratoire au sein de l’hôpital Broca AP-HP, où nous testons des produits et des services pour seniors, afin d’en améliorer l’usage quotidien, comme son nom l’indique. Ces tests réunissent des professionnels, médecins, industriels, financeurs, assureurs, et des usagers seniors.  

 

IR : Comment se passent vos évaluations ?

ASR : D’abord, nous testons le prototype avec quelques personnes, puis nous l’améliorons et le mettons à l’essai avec 20-30 participants lors d’une étude pilote. Enfin, un groupe de contrôle de 50-200 personnes évalue le résultat final. Parfois nous passons à des essais comparés : un groupe bénéficie de la solution et un autre reçoit un placébo. Par exemple, nous avons travaillé sur une formation web pour les aidants des personnes atteintes d’Alzheimer. Les modules portaient sur les phases de la maladie, la gestion du stress, l’attitude du malade. Plusieurs aidants les ont d’abord testés « off line » en version papier au cours de 12 séances. Leurs retours ont permis d’améliorer la première version de la formation et d’en faire une plateforme web appelée Diapason.

 

IR : Avez-vous déjà évalué la robotique dans l’univers des seniors ?

ASR : Oui, nous avons travaillé avec le robot Nao, utilisé pour la rééducation motrice et la stimulation cognitive. Nous avons notamment analysé les ressentis des personnes vis-à-vis du robot : l’ont-ils trouvé infantilisant, stigmatisant ou, au contraire, plaisant ? Nous avons eu quelques surprises ! Certaines personnes ont refusé l’intervention de la psychomotricienne seule et l’ont acceptée en compagnie de Nao. En fait, une jeune soignante ne fait pas toujours figure d’autorité pour une personne âgée. Le robot joue alors le rôle de médiateur, les gens le voient comme un enfant ou un compagnon, comme une entité féminine ou masculine. Il est complémentaire à l’intervention humaine.

 

IR : Pourquoi est-il important d’étudier les usages des nouvelles technologies pour seniors ?

ASR : Différents usages produisent différents impacts. Connaissez-vous le robot Paro, un jouet en forme de phoque avec des capteurs interactifs ? Il sert à créer un lien social et à trouver un sujet de conversation dans un groupe, par exemple lors d’une séance thérapeutique collective. Le résultat change si on le manipule en privé, il amène plutôt la détente et l’apaisement. La question d’usage est primordiale dans les nouvelles technologies, c’est elle qui règle le curseur de leur pertinence et de leur efficacité auprès des personnes âgées.

 

IR : Les acteurs économiques sont-ils conscients de l’importance des études comme les vôtres ?

ASR : Oui, bien sûr, par exemple, le manuel d’utilisation de Paro cite les résultats de mes travaux. Nous avons également travaillé avec les sociétés Medissimo pour évaluer leur pilulier, avec le groupe la Poste, AG2R, la société Dynseo qui numérise des tests neuropsychologiques. Cependant, il reste encore à élaborer un modèle économique qui intégrerait les résultats de nos études au parcours de soins et permettrait aux utilisateurs seniors d’accéder aux nouvelles technologies dans de meilleures conditions.

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