Evelyne, 65 ans Rue de la Roquette, Paris XI

Je suis née et j'habite toujours dans le cinquième arrondissement de Paris. Je n'ai jamais vécu ailleurs en dehors de mes vacances. Je suis très attachée à mon quartier. Pour moi l'endroit où on est né c'est notre terre, donc ma terre c'est le quartier Latin. On fait pire non ? C'est un coin fantastique où vivaient des écrivains comme Dolto. C'est étonnant car j'ai d'ailleurs un souvenir commun avec son fils, Carlos. Quand nous étions petits avec mes trois frères nous jouions dans un square à côté de l'école Polytechnique, rue Paul Langevin. Le vendredi en début de soirée, les étudiants filaient en douce par un petit muret pour faire le mur. Nous les aidions par notre silence et en les guidant.

Les circonstances ont fait que je n'ai jamais habité ailleurs que ce soit dans Paris ou en province mais j'ai beaucoup voyagé. C'est en allant dans les pays scandinaves comme l'Islande ou la Suède que j'ai eu une révélation quant au métier que j'allais exercer. Là bas les villes sont aménagées pour les handicapés, pour les aveugles. Depuis que je suis toute petite j'ai un ami aveugle et je n'avais jamais pris conscience qu'on pouvait adapter la ville à ces personnes, avec des signaux sonores par exemple. Après ce voyage j'ai donc commencé à travailler à la Mairie de Paris. Je faisais des enquêtes pour les stationnements GIC, c'est à dire réservés aux handicapés. Je dois dire que Delanoë a beaucoup fait pour améliorer les conditions de vie des personnes déficientes. C'est grâce à ce travail que j'ai vraiment découvert la ville, j'allais dans tous les quartiers pour observer la mise en place des différentes politiques liées aux handicapés. Je marchais minimum 5km par jour. Pour moi chaque quartier est comme un village autonome. La ville change tout le temps, c'est ce qui est génial. Pour moi Paris est comme une jeune fille qui change de robe tous les jours. Quand mes amis de province viennent je les emmène dans mes lieux préférés et à chaque fois l'environnement change, les bars, les restaurants; seule l'architecture reste. Depuis que je ne travaille plus je profite de mon temps libre pour faire des gravures et de la peinture. J'ai toujours beaucoup dessiné mais là je peux vraiment mettre toute mon énergie dans l'art. Quand on est à la retraite on a à nouveau quinze ans, on apprend de nouveau. Je sors beaucoup au théâtre, au cinéma.

Mon souvenir le plus drôle sur Paris c'est quand les jeunes du Lycée Louis Legrand, dans le sixième arrondissement près du jardin du Luxembourg tendaient des paniers au bout d'une ficelle depuis la fenêtre de leur chambre pour que les passants leur donnent des cigarettes. L'ingéniosité est pour moi la plus grande qualité.