Lucas Cranach, couple mal assorti
Lucas Cranach, couple mal assorti
Sebald Beham, couple mal assorti
Sebald Beham, couple mal assorti
Hans Baldung Grien, Couple mal assorti
Hans Baldung Grien, Couple mal assorti
Dürer, Couple mal assorti
Dürer, Couple mal assorti
Lucas Cranach, couple mal assorti
Sebald Beham, couple mal assorti
Hans Baldung Grien, Couple mal assorti
Dürer, Couple mal assorti

Le couple mal assorti

Le sujet du couple mal assorti s'est définitivement formé dans l'art de l’Europe du nord, hollandais et allemands, au XVe siècle. Il est particulièrement représenté dans les œuvres graphiques à caractère humoristique, telles les gravures de Sebald Beham, Hans Baldung Grien ou Albrecht Dürer.

Ces œuvres nous offrent une mise en scène typique de ce thème. L’artiste représente un vieillard au visage exagérément béat qui exprime la satisfaction de son désir assouvi ou sur le point de l'être. Souvent sa main est posée autour de la taille ou sur la poitrine de la jeune femme, tandis que celle-ci met la sienne dans la bourse du vieillard, afin d’y puiser la récompense méritée.

 

Dans le tableau de Lucas Cranach le vieillard tient sa bourse remplie de monnaie dans sa main gauche et donne de sa main droite la paye à la jeune femme. Cranach, comme tous les autres artistes, confère au vieillard un air ridicule et à sa démarche – un caractère satirique. L’expression satisfaite de son visage et son geste sont complétés par la présence des bois de cerf sur le mur, indiquant la vraie nature de cette union.

 

La jeune femme, quant à elle, n’est pas moquée. Contrairement au vieillard, elle est représentée belle et exquise, comme tous les personnages féminins de Cranach. Elle est d'ailleurs représentée accompagnée des attributs de la fertilité – les fruits tels les raisins et la grenade. Le peintre crée dans son tableau un contraste entre l'image grotesque de la vieillesse et l'image de la jeunesse dans sa splendeur. Cranach se moque de l'un et se délecte de la vision de l'autre.

 

La satire de ce sujet, bien que porteuse du sens moralisateur, n’a pas de but purement critique.

 

En effet, le vieillard amoureux avec ses manières presque bouffonnes et sa compagne mercantile sont les personnages appartenant à la culture carnavalesque qui remonte au Moyen Age. Le flirt caricatural d’un couple mal assorti et le contraste entre la vieillesse et la jeunesse renvoient dans ce contexte à l’idée des cycles de la nature. La vieillesse s’associe à la mort et signifie la fin d’une saison, alors que la jeunesse, la beauté et la fertilité symbolisent son début. Le changement de saisons, leur passage cyclique, représenté de cette manière satirique exprime les lois de l’univers et de la Mère-Nature.

La Mère-Nature a été décrite par les penseurs du Moyen Age comme incluant en elle les caractéristiques contradictoires de la jeunesse fraîche et la vieillesse décrépite. L’association de ces deux opposés se manifeste dans ces mises en scènes satiriques.

 

Olga Popova 

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