Goya, Le Temps, Les Vieilles
Goya, Le Temps, Les Vieilles
Goya, Le Temps, Les Vieilles

A la recherche du temps … caché

Fransisco Goya, Le Temps ou Les Vieilles, 1808 – 1812, Palais des Beaux-Arts, Lille

 

La photo en noir et blanc date de la fin de la Seconde Guerre mondiale. Des hommes, parmi eux des soldats, posent devant un tableau. Leurs visages expriment la joie et la fierté. Il s'agit d'un célèbre tableau de Francisco Goya, intitulé le « Temps », ou encore, les «Vieilles». Les hommes qui nous le présentent sont les fameux monuments men, dont la mission pendant la Guerre consistait à mettre à l’abri les joyaux du patrimoine artistique. Pour nombre de ces œuvres d'art, l'instauration de la paix a été l'annonce d'un glorieux retour d'exil. Ainsi, les Vieilles retrouvèrent leur liberté, après avoir été cachées au château de Sourches, près du Mans.

Découvrons ensemble les secrets qu’elles ont à nous révéler.

 

Deux vieilles femmes décharnées et enlaidies sont menacées par le Temps, Chronos, dont la personnification se tient derrière leurs dos. Le peintre fait référence dans cette macabre mise en scène à la reine espagnole Marie-Louise de Bourbon-Parme (1751 – 1819) et à sa servante. La première est reconnaissable d’après un accessoire précis – la flèche de diamants dans ses cheveux. La « reine » regarde avec nostalgie son portrait de jadis, alors que la « servante » met sous son nez crochu un miroir qui lui renvoie son image présente. Qué tal ? Comment ça va ? – se moque l’inscription en espagnol au revers du miroir. Ça ne va pas, bien évidemment ! Le spectateur, le Temps et la servante le savent. Le geste dévoué et aimable de cette dernière est en fait pétri d’hypocrisie. Son rictus sournois est tout à l’opposé de l’expression nostalgique et naïve de sa reine, la seule à demeurer dans une ignorance rêveuse. Pour l’instant ...

 

Mais pourquoi l’artiste semble-t-il si sévère avec la vieillesse ? Comme souvent, il faut aller au-delà du visible et chercher le sens caché.

Les deux femmes sont parées de leurs plus beaux atours, précieux bijoux, fabuleux vêtements. La splendeur de ceux-ci est rendue ridicule par la laideur frappante des visages qu'ils ornent. L’artiste crée ce contraste dans une démarche critique. Il dénonce ainsi la superficialité des apparences qui règne à la cour d'Espagne en ce début du XIXe siècle. « Voilà que le Temps balayera toutes ces babioles, prenez-en conscience ... » – semble dire son message. Dès lors, la laideur a trait à la vanité des choses périssables, et non pas au grand âge en tant que tel. Celui-ci n'est qu'un masque, qu'il convient de soulever pour percer à jour l’intention originale de l’artiste.

 

Bien que les visées éducatives et morales du peintre semblent dévoilées, le tableau demeure encore entouré d’une aura énigmatique. La toile a été rallongée au XIXe siècle. La raison en est inconnue. Tout comme le nom de celui qui a peint ces ajouts. Probablement Goya lui-même ? Une découverte assez récente a été faite grâce à une caméra multi-spectrale. Celle-ci a révélé la présence de quelques dessins sous-jacents à la couche picturale. A divers endroits de la toile se trouvent un chien, un Christ et un militaire. Selon l'hypothèse la plus vraisemblable Goya aurait utilisé une toile déjà existante pour peindre son sujet. Laquelle et pourquoi ? Le secret pourrait être enfoui dans des profondeurs connues du Maître seul, nous laissant à la recherche du Temps ... à jamais caché !

 

Olga Popova

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