Daniel, 67 ans, Boulevard d'Arcole, Toulouse

Je suis originaire du coin, j'en ai aussi sa philosophie. Dans la vie, il ne faut pas se priver, c'est ce que m'a toujours dit mon père. Lui il était ouvrier dans l'aéronautique, et pourtant il n'avait pas vraiment de quoi profiter de la vie entre ses horaires infernaux, sa femme et ses 6 enfants. Mais moi j'ai bien retenu la leçon ! Alors évidemment à l'école  ça m'a valu quelques torgnoles, mais une fois le brevet des études en poche, j'ai pu mener la belle vie. J'ai fait pleins de petits boulots, depuis courtier pour les paris jusqu'à cuistot, j'en changeais comme de chemise dès que je m'ennuyais. Et puis quand je n'avais plus de sous, je restais dans mon coin à Ramonville en attendant que les copains se souviennent de moi et me mettent sur un bon coup. L'avantage c'est que je n'avais pas l'ennui de la routine, comme mes frères et sœurs tous employés, et je rencontrais des gens tout le temps, et surtout des nouvelles filles. Hors de question de mener la même vie que mes parents, paix à leur âme. Et puis un jour j'ai rencontré une femme qui en valait plus la peine que les autres, et j'ai eu envie de lui offrir quelque chose de stable – la pauvre était serveuse dans un troquet minable vers les Minimes, c'est là où on s'est rencontrés. Donc j'ai demandé autour de moi si personne n'avait un plan, et quand on m'a dit qu'on manquait de chauffeurs sur la nouvelle ligne de bus, je me suis pointé et ils m'ont pris. Là j'ai vraiment persévéré, et même si ça n'a pas marché avec la serveuse, on aura vécu de belles années.

Et puis ça me permet de toucher aujourd'hui une petite retraite : depuis deux ans je me la coule douce, je n'ai pas d'enfants à entretenir, ni de ménage à faire vivre, juste à m'occuper de moi et des amis !

De temps en temps je gratte un ticket pour tenter le sort, parfois ça marche et je paye des tournées. Dans ces moments-là je me dis que mon père serait content de moi parce que j'ai bien retenu sa leçon.