Constance, 75 ans, Jardin du Pin, Angers

Je suis née en Suisse, à Genève, en 1941. Avec ma famille nous avons eu la chance de ne pas vivre la Seconde Guerre mondiale. Mes parents étaient français et mon père était médecin là-bas. J'ai donc passé une douce enfance sur les bords du lac Léman. En 1955 mes parents ont déménagé en France à Gennevilliers en banlieue parisienne. J'y ai fait mes études mais la douceur de vie n'était pas la même. À vingt ans j'ai donc déménagé à Angers. Si le décor n'est pas le même; il manque le lac et les montagnes, le mode de vie est aussi tranquille. J'ai donc troqué la tranquillité suisse pour la douceur angevine. Ici il y a les bords de Maine qui sont très agréables mais je n'ai même pas besoin de quitter mon quartier pour me sentir bien. Je me promène dans les parcs alentour. Tous mes amis vivent dans le même coin. On se sent en sécurité ici. Par exemple dans ce parc je connais quasiment tout le monde. Il y a une vraie solidarité entre les personnes de ma génération. Puisqu'on se croise souvent on s'arrête pour discuter. On parle de choses du quotidien mais cela permet de sortir de la solitude. Certaines femmes ont perdu leurs maris, d'autres comme moi ne se sont jamais mariées. L'isolation est le lot de beaucoup de dames âgées, c'est quelque chose que j'ai pu observer depuis très longtemps puisque je travaillais dans ce milieu. J'étais dans le personnel soignant d'une maison de retraite dans le quartier de la Doutre. Après une vingtaine d'années dans cet établissement j'ai choisi de travailler à mon compte, hors des structures. Je suis ainsi devenue aide à domicile.

Il ne s'agit pas que de prodiguer des soins mais aussi d'avoir un accompagnement de personnes en fin de vie. Il y a un aspect psychologique important. Maintenant que je suis retraitée je suis encore plus fière d'avoir exercé ce métier. C'est assez troublant de passer de l'autre côté, d'être dans la demande même si j'ai la chance d'être encore en bonne santé. Je croise les doigts pour que cela dure le plus longtemps possible mais en tout cas je suis prête à profiter des services que j'ai dispensés.