Clara, 66 ans, Place du Capitole, Toulouse

Je suis originaire de l'Aveyron, et plus précisément de la commune de Millau, rendue célèbre il y a une dizaine d'année pour son viaduc, un des ponts les plus hauts du monde il me semble, qui surplombe la ville. Mon père était menuisier et ma mère gantière. Il y avait une grosse activité de tannerie à Millau et pour éviter d'avoir trop de coûts, les entreprises s'occupaient de la découpe les gants mais ne les assemblaient pas. Ils faisaient appel à des femmes comme ma mère qui ramenaient les deux parties et les cousaient à la maison. Elles travaillent chez elle et surtout étaient payées à la pièce, ce qui permettait aux tanneries de ne pas avoir à les embaucher comme ouvrières.

C'était un genre de combines parfaitement odieuses que l'on trouvait à l'époque.

À dix-huit ans j'ai quitté la « campagne » pour venir m'installer à Toulouse. Comme beaucoup de jeunes de la région, je suis venue ici pour faire mes études. Avec les trente glorieuses de nombreux jeunes adultes ont pu faire des études alors que leurs parents étaient des ruraux. Et dans la région il n'y avait pratiquement que Toulouse pour suivre des études supérieures. C'est une ville qui aspire les populations des petites villes voisines. On a un réel désert rural autour. Je m'en suis rendu compte à ma retraite quand nous avons déménagé avec mon mari à Tarascon dans l'Ariège.

Mon époux était musicien, il est malheureusement décédé l'année dernière d'un arrêt cardiaque.

Nous avons deux fils qui habitent à Toulouse. Après son départ, je suis retournée près d'eux. Je ne me voyais pas vivre seule dans mon village.

Nous étions partis vivre là-bas car j'ai pu partir à la retraite assez tôt. J'étais professeure de français dans un collège toulousain. C'est un travail passionnant mais usant (pas plus à Toulouse qu'ailleurs j'imagine). Parfois je me demande où je trouvais la ressource pour tenir une classe entière de jeunes ados.