Charles, 86 ans, Place Léon Blum, Paris XI

Je suis né à Paris au début des années 30, en plein dans l'entre-deux-guerres. Malheureusement je suis trop jeune pour me souvenir de cette période euphorique, j'avais huit ans quand laSeconde Guerre mondiale a éclaté. S'en est suivie l'occupation. C'était très dur, on avait des tickets de rationnement. On mangeait très mal, les problématiques du quotidien prenaient vraiment le dessus.
Mais au moins ça nous formait. On avait certainement une maturité plus grande. À douze ans j'étais un adulte dans un corps d'enfant. Je me suis marié très tôt, à 20 ans, et trois ans plus tard j'étais père. 
J'ai trois fils qui habitent tous en région parisienne. L'ainé est à Issy-les-Moulineaux, dans l'Ouest, et les deux autres à Paris. J'ai aussi 5petits-enfants et je suis même arrière-grand-père. On se réunit tous ensemble presque chaque mois. Je pense qu'on les a bien éduqués puisqu'ils sont très présents pour moi, malgré mon caractère difficile. C'est important de se savoir entouré lorsqu'on estplus tout jeune. Après la mort de mon épouse, la solitude a été très pesante. Heureusement j'habite dans le même quartier depuis près de trente ans, donc mes habitudes et ma routine m'ont permis de ne pas perdre pied. Auparavant j'avais vécu dans le quatorzième arrondissement toute mon enfance puis dans le douzième. Je garde une affection toute particulière pour le quartier où j'ai passé ma jeunesse. Même si ce n'était pas une époque très réjouissante on a toujours un rapport particulier avec les endroits qui nous ont vu grandir. J'aime beaucoup le cinquième arrondissement, c'est là-basque j'ai passé la majeure partie de ma carrière de professeur. Je donnais des cours de français dans un collège d'enseignement secondaire. Pour les passionnés de lettre c'est un endroit merveilleux même si je trouve que le quartier perd de son charme ces derniers temps.On y trouve beaucoup plus de commerces classiques, notamment de restaurants, et peu d'entre eux sont liés à la culture, comme des librairies par exemple. Je trouve en général dommage de retrouver les mêmes commerces partout. On a des sushis partout, c'est une mode que je ne juge pas mais ça prend des proportions terribles. Chaque fois que je les invite au restaurant, mes petits-enfants proposent un sushi, comme si c'était automatique. Moi je préfère une bonne brasserie, à mon âge les goûts sont assez figés.