Canio,71 ans, Avenue Parmentier, Paris XI

Je suis né en Italie, à Naples, au lendemain de la Seconde Guerremondiale. Même si ce sera toujours la plus belle ville du monde nous avons grandi dans un pays détruit, dévasté par le fascisme et la guerre. Mon père était cordonnier et ma mère nous a élevé moi et mes cinq frères. C'était une période très difficile dont je ne me souviens pas mais qui a façonné notre famille. À vingt ans j'ai rejoint la marine marchande, j'avais besoin de voir le monde, de quitter Naples. C'est une ville étouffante, dans tous les sens du terme. On transportait des cargaisons dans tous les grands ports européens. Grâce à cette expérience, qui a quand même duré quinze ans, j'ai pu apprendre l'anglais, le français et l'espagnol. Je me suis ensuite installé en Espagne, à Madrid. C'est là que j'ai rencontré ma femme. Nous y sommes resté dix ans et y avons eu nos trois enfants. Malheureusement nous avons ensuite divorcé et je suis parti seul en France. J'avais besoin de couper et de repartir à zéro et vu que je connaissais un petit peu la langue je me suis dit que c'était l'occasion. J'ai d'abord vécu dans le Sud, à Nîmes. Je suis monté à Paris au bout d'un an pour trouver du travail. J'ai été concierge pendant quatre ans dans un immeuble du quatorzième arrondissement. Je vis toujours dans le même quartier mais ce n'est pas mon coin préféré dans Paris. C'est pour ça que je viens me promener dans le onzième arrondissement. C'est moinsfatigant, on a plus d'espace, il y a moins de gens ou en tout cas des gens plus populaires, moins dans le jugement. Aujourd'hui ma situation est difficile, je suis loin de ma famille, je n'ai pas beaucoup d'argent mais Paris m'apaise. Je me sens bien dans cette ville, je rencontre des gens facilement, je peux aller dans les musées. J'apprécie particulièrement l'accès à la culture que je trouve à la fois simple et dont l'offre est très diversifiée.