Camille, 85 ans, Square Samuel de Champlain, Paris XX

J'habite à Paris depuis ma naissance. J'ai tout d'abord vécu dans le quatorzième arrondissement puis dans le neuvième et enfin dans à porte des Lilas, où je vis depuis 50 ans. Mon père était artisan menuisier et ma mère tenait une librairie. J'ai donc grandi dans un milieu assez particulier, en lien avec la culture et très progressiste. Avec mon prénom j'étais prédestiné à travailler dans le milieu de l'art. J'ai commencé à peindre à dix ans et petit à petit cette passion a pris de plus en plus de place dans mon emploi du temps. J'ai suivi une formation à l'École des Beaux-arts et mon travail a beaucoup évolué depuis mes premières oeuvres très classiques jusqu'à ma fin de carrière où j'étais complètement dans l'abstrait. J'ai également touché à la sculpture mais j'étais beaucoup moins doué. Je suis à la retraite depuis une dizaine d'années à cause de l'arthrose. C'est indispensable d'avoir un contrôle total dans ses mains pour peindre. Même si c'est une profession que l'on associe à l'intellect, au conceptuel, il n'en demeure pas moins que c'est avant tout manuel et technique. 
Mes deux fils sont également dans l'art. Mon fils ainé est monteur pour la télévision et le cadet est sculpteur. Ils ont une fille chacun. Je les vois très souvent. Je crois qu'elles sont très fières de leur grand-père. Par contre elles n'ont pas continué dans la voie artistique. L'une est dans le droit et l'autre dans le médical.

C'est assez difficile de parler de temps libre et de travail avec des gens qui ont des horaires de bureau et ont l'impression qu'être « artiste » c'est un moyen de ne pas travailler. Pendant longtemps j'évitais de parler de mon métier à mes amis qui n'étaient pas dans le milieu de l'art. 
Depuis le décès de ma femme, il y a vingt ans, je me rends dans cesquare qui longe le Père Lachaise. J'y retrouve une petite bande d'amis qui ont eu des parcours professionnels divers. Je suis le doyen du groupe. On s'entend très bien, on appelle nos rendez-vous les « réunions ». Ici on est vraiment installés, tout le monde nous connaît. La dernière recrue de notre groupe est une femme de quarante ans, c'est pour dire que l'on n'est pas sectaires nous les retraités.