Bernard, 83 ans, Rue Condorcet, Angers

Je suis né dans la région Centre, à Dreux. J'y ai passé les trente premières années de ma vie. Après mon service militaire je suis rentré chez moi avec de nombreuses photos. Un ami les a trouvé superbes et m'a envoyé voir le rédacteur en chef du Journal du coin, « La Nouvelle République ». C'est ainsi que je suis devenu journaliste-photographe. Je couvrais l'ensemble des actualités locales, de la politique au sport en passant par la culture (mon domaine de prédilection). Le journal a ensuite décidé d'ouvrir une antenne à Angers pour couvrir tout le Centre et l'Ouest. Je devais alors partir à Tours mais le destin a voulu que j'hérite du poste. Ce choix a ainsi complètement changé ma vie puisque je vis ici depuis plus de cinquante ans. J'ai continué ma profession jusqu'à l'âge de 62 ans. J'ai toujours adoré mon métier, même si c'était contraignant de devoir suivre une ligne éditoriale ou rendre des comptes au rédacteur en chef avec qui j'étais rarement d'accord. Grâce à ça j'ai pu rencontrer le joueur de foot Pelé, mon idole, mais aussi couvrir mai 68 à Paris, prendre en photo Cohn-Bendit, tout un ensemble de souvenirs que je ne pourrais compter sans avoir été journaliste. C'est dans ce cadre que j'ai rencontré mon meilleur ami. Il travaillait au Courier de l'Ouest et je me souviens que nous écumions les bars à la recherche de scoops ou de pistes à suivre, c'était à la fois très professionnel et en même temps tout l'inverse. Je dois avouer qu'il nous est arrivé de terminer nos recherches un peu éméchés. C'était ça aussi l'esprit d'un journal local dans une petite ville avec un milieu culturel et politique où tout le monde se côtoie et se connait.

Je suis marié avec une Angevine pure souche depuis mon arrivée ici. Nous avons deux enfants et quatre petits-enfants. Ils habitent en Bretagne mais nous nous voyons très souvent. On passe des vacances ensemble à Noirmoutier. On a de la chance de pouvoir encore se supporter après autant de temps passer ensemble. L'ainé de mes petits-enfants me dit souvent que je devrais écrire un livre sur mes mémoires, comme si je n'avais pas déjà assez écrit.