André, 88 ans, métro Saint Paul, Paris IV

Je m'appelle André, je suis né dans le midi à côté de Marseille en 1928 et j'ai été toute ma carrière photographe de presse. Comme dirait Pagnol « j'ai grandi à Aubagne sous le Garlaban ». 
Je suis venu à la photo par l'intermédiaire de mon Oncle, Louis Foucherand, qui était reporter pour un journal local le petit Marseillais. À la libération il est monté à Paris pour faire carrière et faire de la presse « sérieusement ». Il rentrait tous les week-ends et nous racontait ses expériences. Un jour je l'ai suivi et il m'a pris sous son épaule. J'habitais chez lui Île Saint-Louis dans un petit logement. Il m'a montré le métier, les différents « trucs ». Il m'a appris que tout était une question de culot. Ma carrière a d'ailleurs commencé sur un coup de chance incroyable. J'avais réussi à me faufiler dans l'opéra Garnier pour une représentation de La Callas. J'étais dans les coulisses, sans aucune autorisation, et je prenais un maximum de photos. Des collègues m'ont repéré et invité à une fête le soir même. Je leur ai confié ma pellicule et quelques jours après une de mes photos étaient publiée dans Life, le célèbre magazine américain. C'était en 1954. Par la suite tout s'est enchainé très vite, j'ai photographié Bardot, Johnny, Ingrid Bergman à son mariage secret ou encore Jean-Paul II. Ce qui est incroyable c'est qu'avant ce coup d'éclat je vivais encore Île Saint-Louis avec ma femme dans un studio de 20m².

Je suis ensuite devenu directeur du service photo du journal du dimanche; je suis toujours très copain avec le directeur Bruno Lesouef. J'ai travaillé jusqu'à 80 ans. C'était plus qu'un métier c'était une vraie passion. Au début on se laisse griser par toutes les rencontres que l'on fait et puis on revient vite sur terre si on aime ce que l'on fait. J'ai couvert les conflits en Algérie, au Maroc et des guerres civiles en Afrique noire. Mon métier m'a permis de voyager à des endroits que je n'aurais jamais connus depuis ma Provence. Mon fils Philippe a deux enfants à qui je montre mes clichés. Ils sont fiers de leur papi même s'ils ne connaissent pas toutes les personnes sur les photos. Je travaillais essentiellement en noir et blanc avec un Leica. C'est un superbe objet. 
Mon plus grand souvenir reste d'avoir été à des conférences du général de Gaulle pour le photographier. On était une dizaine de photographes à être là, à l'Élysée. C'était incroyable.
C'est une époque que les jeunes ne peuvent pas comprendre. Je me déplaçais sur mon solex, puis j'allais dans les cafés pour appeler les rédacteurs en chefs d'agences comme Europress, où j'ai travaillé dix ans, pour savoir s'ils vendaient mes photos. J'ai ainsi été publié par Paris Match et à l'étranger. Aujourd'hui je profite de mes petits-enfants qui sont grands maintenant mais qui partagent la même passion.