Ahmed, 64 ans, Quai de la Loire, Paris XIX

Je suis né en Kabylie, au Nord de l'Algérie. Même si je n'y ai vécu que neuf années j'ai pu m'imprégner de cette culture si particulière. Bien que la région soit assez petite elle est d'une richesse culturelle incroyable avec une langue et une mythologie propre que lesArabes n'ont pas réussi à faire oublier. Nous avons donc déménagéen 1961 avec mes parents, mon frère et ma soeur.
À l'époque c'était le conflit pour la libération du pays et mes parents étaient proches des autorités françaises. Nous avons alors fui la guerre et sommes allés nous installer chez l'« ennemi », à Bagneux, dans le sud de Paris. J'y suis resté jusqu'en 1983. À dix-huit ans je vivais donc encore chez mes parents même si je travaillais déjà. J'ai en effet été embauché dans une corderie à quelques centaines de mètres de la maison familiale. On y fabriquait les cordes en tressant les fibres avec des machines. Nous étions trois à travailler dans cet atelier qui a dû fermer face à la concurrence. C'est lorsque j'ai épousé ma femme, uneAlgérienne que j'avais rencontrée lors d'un voyage dans mon pays natal, que j'ai décidé de déménager et de changer de profession. Nous avons tout d'abord aménagé dans le vingtième arrondissement et j'ai été pris chez Renault, à Boulogne-Billancourt. J'ai ainsi travaillé à l'usine tout le reste de ma vie professionnelle,c'est-à-dire jusqu'à mes soixante-deux ans. Lorsque l'ainé de nos trois enfants est ne nous avons pas déménagés dans le dix-neuvième arrondissement où nous vivons encore aujourd'hui. C'est un quartier très sympathique, j'en profite pour pratiquer la marche athlétique le long du canal depuis que j'y habite. Même retraité je continue à faire de l'exercice. Mon fils ainé est professeur de sport, il me donne des conseils même s'il habite maintenant sur Nantes. Son frère et sa soeur sont encore sur Paris. Pour l'instant nous n'avons pas de petits-enfants mais ma belle-fille est enceinte et l'heureux événement est prévu pour la fin d'année. Pour m'occuper j'ai rejoint une troupe de théâtre amateur l'année dernière. Nous jouons des classiques comme Le Bourgeois Gentilhomme ou L'avare mais aussi des textes de Pierre Palmade. Je profite de ma retraite pour enrichir ma culture. Il n'est jamais trop tard pour s'épanouir.